Le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu, en quelques années, l’un des piliers structurants du marché immobilier français. D’abord perçu comme un simple outil d’information, il s’est progressivement imposé comme un critère décisif dans les décisions d’achat, de location, de rénovation et d’investissement. À l’approche du 1er janvier 2026, une nouvelle réforme majeure du DPE entre en vigueur, avec des conséquences importantes tant pour les propriétaires que pour les locataires, les investisseurs et l’ensemble de l’écosystème immobilier.
Cette réforme, présentée comme un ajustement technique, pourrait pourtant avoir des effets macroéconomiques significatifs. Selon les estimations, près de 850 000 logements classés comme « passoires énergétiques » pourraient sortir de cette catégorie sans qu’aucun travaux ne soit réalisé. Une évolution qui soulage de nombreux propriétaires, mais qui interroge également sur ses effets à moyen et long terme : crédibilité du DPE, évolution des prix immobiliers, dynamique de l’offre et de la demande, et trajectoire de la transition énergétique.
Dans cet article, nous proposons une analyse exhaustive et pédagogique de la réforme du DPE au 1er janvier 2026. Nous détaillerons les changements méthodologiques, la démarche à effectuer pour bénéficier d’un reclassement, les profils de logements concernés, ainsi que les impacts économiques et immobiliers potentiels. L’objectif est de fournir une vision claire, complète et actualisée, utile tant pour les particuliers que pour les professionnels.
Le DPE : rappel sur son rôle central dans l’immobilier
Le diagnostic de performance énergétique mesure la consommation d’énergie d’un logement ainsi que son impact en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il classe les biens immobiliers sur une échelle allant de A (très performant) à G (très énergivore). Depuis sa refonte en 2021, le DPE est devenu opposable juridiquement, renforçant considérablement son poids dans les transactions.
Au-delà de l’information, le DPE est aujourd’hui un outil réglementaire. Il conditionne l’accès à la location pour certains biens, influence les prix de vente, oriente les décisions de rénovation et sert de base à de nombreuses politiques publiques en matière de logement et de transition énergétique.
Les logements classés F et G, communément appelés passoires thermiques, sont particulièrement concernés. Leur mise en location est progressivement restreinte, avec une interdiction totale prévue à horizon 2028 pour les logements G, puis 2034 pour les logements F.
Pourquoi une réforme du DPE en 2026 ?
La réforme du DPE prévue pour le 1er janvier 2026 répond à plusieurs constats dressés par les pouvoirs publics, les professionnels du secteur et les organismes de contrôle. De nombreux propriétaires ont dénoncé des incohérences dans les résultats, notamment pour les logements anciens, de petite surface ou chauffés à l’électricité.
Le principal problème identifié concerne le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire. Jusqu’à présent, ce coefficient pénalisait fortement les logements chauffés à l’électricité, même lorsque ceux-ci présentaient de bonnes performances thermiques. Cette situation était jugée paradoxale dans un contexte de décarbonation de l’énergie électrique en France.
Face à ces critiques, l’État a décidé d’ajuster la méthode de calcul du DPE afin de la rendre plus cohérente avec la réalité énergétique du parc immobilier et les objectifs climatiques.
Ce qui change concrètement au 1er janvier 2026
Une modification du coefficient de conversion de l’électricité
La réforme repose principalement sur la révision du coefficient de conversion de l’électricité. Ce coefficient, utilisé pour convertir l’énergie finale en énergie primaire, sera abaissé afin de mieux refléter le mix énergétique français, largement décarboné grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables.
Cette modification entraîne mécaniquement une baisse de la consommation énergétique théorique de nombreux logements chauffés à l’électricité, ce qui améliore leur classement DPE.
850 000 logements sortiraient du statut de passoire énergétique
Selon les estimations officielles, environ 850 000 logements actuellement classés F ou G pourraient être reclassés en E, voire D, sans aucun travaux. Il s’agit majoritairement de logements de petite surface, souvent situés dans les centres-villes, et équipés de chauffages électriques.
Ce reclassement automatique représente un changement majeur pour les propriétaires concernés, qui échappent ainsi aux contraintes les plus lourdes liées à l’interdiction de location.
Qui sont les grands bénéficiaires de la réforme ?
Les propriétaires bailleurs
Pour les bailleurs, la réforme constitue une véritable bouffée d’oxygène. De nombreux propriétaires de logements F ou G étaient confrontés à un dilemme : engager des travaux coûteux ou retirer leur bien du marché locatif. Le reclassement permet de repousser, voire d’éviter, ces décisions.
Les petits logements urbains
Les studios et deux-pièces situés dans les grandes métropoles sont particulièrement concernés. Souvent chauffés à l’électricité et occupant une surface réduite, ils étaient fortement pénalisés par l’ancienne méthode de calcul.
Les investisseurs
Les investisseurs immobiliers, notamment ceux positionnés sur le locatif urbain, voient également cette réforme d’un bon œil. Elle réduit le risque réglementaire et améliore la rentabilité prévisionnelle de certains actifs.
Quelle démarche pour gagner une lettre sans travaux ?
Il est important de préciser que le reclassement n’est pas automatique sur les DPE existants. Pour bénéficier de la nouvelle méthode de calcul, le propriétaire devra faire réaliser un nouveau diagnostic de performance énergétique à partir du 1er janvier 2026.
Cette démarche implique de faire appel à un diagnostiqueur certifié, qui appliquera la nouvelle réglementation. Aucun travaux n’est requis, mais le coût du nouveau DPE reste à la charge du propriétaire.
Un impact potentiel sur le marché immobilier
Une « respiration » pour un marché sous tension
Le marché immobilier français traverse une période complexe, marquée par la hausse des taux d’intérêt, la baisse du pouvoir d’achat immobilier et le durcissement des normes. La réforme du DPE pourrait offrir une respiration bienvenue en fluidifiant certaines transactions bloquées par la classification énergétique.
Des biens jusqu’alors difficiles à vendre ou à louer pourraient retrouver une attractivité relative, favorisant la reprise des échanges.
Un risque de hausse des prix
Cette respiration pourrait toutefois avoir un revers. En réduisant artificiellement le nombre de passoires énergétiques, la réforme pourrait contribuer à une hausse des prix, notamment dans les zones tendues. Des logements reclassés en E ou D pourraient être revalorisés sans amélioration réelle de leur performance énergétique.
Ce phénomène pourrait accentuer la pression sur les ménages modestes et ralentir les efforts de rénovation énergétique.
Un signal ambigu pour la transition énergétique
Certains observateurs craignent que cette réforme envoie un signal contradictoire en matière de transition énergétique. En améliorant le classement sans travaux, elle pourrait inciter certains propriétaires à différer, voire abandonner, leurs projets de rénovation.
Les limites et critiques de la réforme
Malgré ses bénéfices immédiats, la réforme du DPE 2026 suscite des critiques. Certains experts estiment qu’elle corrige un biais méthodologique sans résoudre les problèmes structurels du parc immobilier ancien.
D’autres soulignent le risque de perte de crédibilité du DPE, perçu comme un indicateur mouvant, dépendant davantage des règles de calcul que de la réalité physique des bâtiments.
Quelles perspectives à moyen et long terme ?
À moyen terme, la réforme pourrait stabiliser le marché locatif et limiter la sortie massive de logements. À long terme, toutefois, la question de la rénovation énergétique reste centrale. Les objectifs climatiques imposeront inévitablement des efforts structurels, au-delà des ajustements méthodologiques.
En conclusion, la réforme du DPE au 1er janvier 2026 marque une étape importante dans l’évolution des politiques du logement en France. En corrigeant certaines incohérences, elle apporte un soulagement immédiat à de nombreux propriétaires et contribue à fluidifier un marché sous tension.
Mais cette réforme n’est pas sans risques. Son impact sur les prix immobiliers, la crédibilité du DPE et la dynamique de rénovation énergétique devra être attentivement observé. Plus que jamais, le DPE demeure un outil stratégique, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
Pour les propriétaires, investisseurs et locataires, comprendre ces évolutions est essentiel afin d’anticiper les opportunités et les contraintes à venir.









